Nicolas Marié a joué dans 99 Francs, Case Départ, Safari, Mais qui a tué Pamela Rose, ou encore MicMacs à Tire Larigot. Entre autres.

A la télévision, il a promené son talent de Maupassant aux Hommes de l’Ombre, de Julie Lescaut à Navarro. Pour faire court. Au théâtre, il a déclamé du Cocteau, du Molière, du Shakespeare, du Beaumarchais, du Marivaux… Pour ne citer que ceux là.

En studio de doublage, Nicolas Marié a bercé les samedis soir de votre adolescence, dans Buffy contre les Vampires, en prêtant sa voix à Gilles, le bibliothécaire mentor de Sarah Michelle Gellar. Sans compter ses doublages pour Nicolas Cage, Tim Roth, Travolta…

 

 

Nicolas Marié nous a reçu, chez lui, avec classe. Rarement il se sera passé aussi peu de temps entre le moment de la demande d’interview, et celle du ‘oui’ magique reçu par mail. Armés de toute sa filmographie, nous entrons, et déjà le petit déjeuner nous attend, c’est classe (bis). C’est là que nous perdons le contrôle… Nous étions venus pour interviewer l’acteur, lui faire quelques blagues sur des points clés de sa filmographie, et découvrir un plus celui dont il est particulièrement difficile de trouver une biographie sur le net.

 

Mais en fait, non. C’est lui qui commence à nous interviewer : un par un (nous sommes trois), avec habileté et une vraie curiosité humaine, il s’intéresse à nous, nos études, nos parcours, nos métiers… Sans superficialité aucune, pas comme un politique, mais avec de vraies questions. La matinée commence ainsi et on en oublierait presque de lancer l’enregistrement de l’interview…

 

 

« On est des mannequins dans la vitrine ».

La première question qui était prévue, c’était « Nicolas Marié, qui êtes vous ? ». Impossible de la poser vu la tournure des événements, c’est lui qui mène la danse, avec ses anecdotes et son rire franc. On arrive quand même à le faire parler au bout d’une grosse demi heure, et il finit par lâcher, pudique « J’ai un parcours très simple, je n’ai aucun mérite. Après le BAC, ce que je voulais surtout, c’était jouer. Après les années twist, j’ai rencontré ma femme, on est revenus à Paris… J’ai monté une pièce dans un café théâtre, j’avais 30 piges… »

 

Très vite, il nous livre une phrase qui reviendra par trois fois au moins durent l’interview, comme un slogan, un repère : « Jean Poiret disait ‘On est des mannequins dans la vitrine’. » Réalisme du métier, forme de timidité alors qu’il empile un filmo de 10 pages ? « Ce sont les opportunités qui font ce métier ». Il nous détaille quelque peu son tempérament qui n’est pas celui d’un commercial, expliquant qu’il ne décrochera jamais son téléphone pour aller se vendre, même auprès d’un réalisateur avec qui il aimerait travailler. « Je ne veux pas dire de noms, je n’aurais pas cette impudeur là. » Et puis « il faut être un acteur bancable pour pouvoir appeler les réals… » Et encore « il faut ramener ça à la réalité de notre métier. » A la fin de l’envoi, il signe, simplement : « Poiré c’était un type d’exception. »

 

 

 

« J’ai Facebook ».

On croit toucher du doigt la pudeur d’un homme qui ferait donc son métier de mannequin, à devenir pour l’image d’autres que lui, à prêtre son visage à la vision des autres. D’où la quasi inexistence de biographie de Nicolas Marié sur google ? « Je n’aime pas ces étalages. J’ai Facebook mais je ne l’utilise que pour les messages privés. »

On rebondit en lui posant une question sur son agent, dont l’intermédiaire, on l’imagine, doit être capital : « J’ai le même agent depuis 28 ans, et je suis avec ma femme depuis 28 ans… » S’en suit un gigantesque éclat de rire sur ce rapprochement improvisé. Il qualifiera également sa femme de « perle », à plusieurs reprises. Mais rien de plus…

 

Alors on rebondit sur la richesse de son travail, sur le fait qu’il enchaine les planche, les plateaux de ciné ou de télé. « Le choix qu’on fait en tan qu’acteur, que ce soit 30 jours de tournage chez Jeunet ou 1 jour à la télé, moi ça m’est égal, mais il faut qu’il y ait quelque chose à défendre. » On lui pose la question classique de la différence entre le théâtre et la caméra : « quand vous êtes au théâtre, il y a une énergie, une énergie physique. »

 

 

« Dupontel, c’est un mec bien ».

Albert Dupontel, il l’a rencontré au théâtre. Nicolas Marié a joué dans tous les films de son ami, depuis Bernie jusqu’au Vilain, et le prochain : ils sont en train de le préparer. « Albert je l’ai rencontré au théâtre, on a joué dans la même pièce, l’Avare. Il était en 5ème année de médecine ». Depuis c’est une amitié indéfectible. « Albert c’est une longue histoire, j’ai fait tous ses films. C’est un réalisateur atypique, c’est un homme atypique, c’est un mec bien. » On ne prononce pas le mot galvaudé d’acteur fétiche, mais il nous lâche que Dupontel, c’est plus qu’un ami, c’est plus que ça.

 


Nicolas Marié, la scène improvisée dans « Le… par agencembc

 

« Jeunet aussi c’est un réal d’exception, il fait des cadres magnifiques, il est au Canada là, parce que ça n’a pas marché MicMacs… » Et de s’enflammer sur une anecdote ou Jeunet fait refaire toute une scène parce qu’un détail du décor, l’emplacement d’une prise électrique, ne convenait pas à la construction de l’image qu’il voulait. « C’est un perfectionniste. » Il enchaine ensuite Brad Pitt, puis connecte avec Terence Malik « Tree of Life, je suis débordé d’émotion, chacun son truc… » Puis il revient sur Brad Pitt, « un acteur monstrueux, extraordinaire » !

 

Grâce à cette parenthèse américaine, on apprend que son idole, gamin, c’était Harry Baur : « bien avant Raimu, il avait la fantaisie et la justesse ». En étant comédien, il lui est impossible d’aller voir des films, encore moins ceux dans lesquels il joue, d’où peut-être ses références américaines en tant que public. « C’est un enfer de voir les films, d’aller au théâtre… On se positionne comme acteur et on se dit ‘c’est éclairé comme ça’ ‘untel sonne faux’… On a un regard professionnel, c’est emmerdant. Les films je les regarde 2 ou 3 ans après, parfois… »

 

 

« Demande à Berléand ! »

On lui apprend qu’il y a une nouvelle présentation des biographies sur Allociné et que le site propose des statistiques sur chaque personnalité. Lui affiche 46 films tournés, rien qu’au cinéma : « Ça ne veut rien dire… Demandes à Berléand ! » Selon la même source 49% de ses films seraient des comédies : « Ça ne me surprend pas, j’adore ça, ça m’amuse beaucoup. Il y a un ton dans la comédie. » On lui pose la devinette de savoir combien d’entrées ses films ont cumulé. Il sèche complètement, redevient timide. On lui annonce 21 millions 700 mille… « C’est énorme! » s’exclame-t-il avant de se cacher derrière un nouvel éclat de rire gigantesque : « Et encore, j’ai refusé Intouchables, et je n’ai pas joué dans Avatar ! ».

 

« J’ai même doublé Travolta ! »

Régulièrement, la discussion va et revient sur sa Voxographie : tous les films sur lesquels il a effectué un travail de doublage. « La synchro m’amuse beaucoup. J’aime faire des choses différentes, pouvoir changer de support. » On tente de l’emmener sur le terrain des castings de voix, pour parler ensuite de la sienne, mais sans le savoir il anticipe et annule toute notre tentative. « Le timbre ça veut rien dire, il faut un bon acteur. Ca ne veut rien dire un acteur qui a une belle voix. Il faut plus. » On aurait pu rebondir sur un compliment, mais là, Monsieur Marié nous sort un exemple massue : « J’ai fait Rivette dans Walker Texas Ranger pendant des années, j’y allais avec plaisir ! ». Non, contre Chuck Norris, on ne peut rien. « J’ai même doublé Travolta ! » Il nous apprend que la synchronisation de voix sur les séries, c’est un épisode par jour. A la question de la différence de jeu entre la voix ou l’incarnation totale : « en synchro on n’imite pas, on joue, et on essaie de s’approcher le plus possible. » Après l’avoir joué dans D’Artagnan et Broke, il double actuellement Tim Roth dans la série Lie to me : « pour Tim Roth, t’arrive à être en osmose avec lui, tu fais le con avec lui. »

 

 

 

A la fin de l’interview, qui aura duré toute la matinée, on n’en sait pas vraiment plus sur l’homme, mais on a découvert un acteur sensible, qui retient ses larmes à peine il parle de Jocelyn Quivrin (avec qui il a joué dans 99 Francs), et qui exulte avec générosité sur le talent des autres, pudique sur le sien. Si on ne devait retenir qu’une chose, son rôle favori serait ? « 99 Francs j’ai bien aimé. Jeunet aussi. Les trucs avec Albert, avec lui on fait vraiment les cons, c’est la grande liberté. »

 

Etre acteur pour être libre, voilà une quête romantique dans laquelle Nicolas Marié aura  visiblement trouvé un équilibre qui lui réussit.

 


Bonus – Nicolas Marié, à propos de Bidault, « le… par agencembc

 

 

Entretien réalisé par Matt Beurois.