Simon Gestrel et Arnaud Viémont on remporté le « Best Special Stuff » lors de l’édition de décembre 2016 du festival Music Video Underground, avec leur clip « L’Aurore ». Interview sur les coulisses de leur travail.

 

Votre clip est visuellement très impressionnant, décors, miniatures, personnages… Comment ça se fabrique, un clip comme ça ?

 

Alors tout d’abord il y a l’écriture. Il faut en parler un peu parce que tout le concept du clip est finalement né de la contrainte budgétaire. Les ambitions en terme de décor et de personnages étaient très élevées dès le départ, et il aurait été impossible d’animer chaque protagoniste dans le temps et l’économie du projet. C’est donc l’idée de raconter l’histoire au travers de tableaux figés dans le temps qui s’est imposé pour devenir le parti pris artistique du film.


Ensuite il y a la construction des décors qui s’est étalée sur 5 mois et sur laquelle est intervenue une équipe d’artistes formés à l’Ecole des Arts Décoratifs et des Gobelins. Le décor du parking est réalisé à l’échelle 1/43 et celui du Diner à l’échelle 1/6. Le premier enjeu majeur de la construction aura été de rendre les deux décors intégralement escamotables afin de pouvoir faire rentrer le système de prise de vue n’importe où au moment du tournage. Les deux décors sont donc constitués de dizaines de panneaux amovibles que l’on a pu déplacer et replacer à volonté en fonction des cadres et des mouvements de caméra. L’autre enjeu de taille aura été de réaliser un circuit électrique, également amovible, qui alimentent les différentes sources de lumière intégrées à la maquette (plafonniers, spots, néons). La plupart des sources lumineuses qui éclairent les scènes sont en fait constituées d’un assemblage de LEDs de tailles variables.

Le seul travail sur les décors était titanesque… Mais il y a aussi les personnages, très nombreux !

En parallèle de la construction du décor, nous nous sommes penchés sur la fabrication des personnages.

Pour ce qui est des corps, il s’agit de jouets et de vêtements miniatures que nous avons pu nous procurer en ligne, la plupart provenant des Etats Unis ou de Chine. Quant aux visages des personnages, nous voulions qu’ils puissent changer d’expressions au cours du film.

Nous avons donc pris le parti de modéliser les têtes en 3D puis de les imprimer grâce à la technologie de l’impression 3D, avant des les confier à un spécialiste de la sculpture et de la peinture de figurines. Une fois les décors et les personnages terminés, en route pour le plateau!

Combien de temps a duré le tournage ?

Le tournage se sera déroulé sur près d’un mois et demi. L’installation de chaque plan étant minutieuse et chronophage, il ne fallait pas espérer tourner plus de deux plans par jour. Les personnages et objets en suspension ont tous été maintenu en position à l’aide de fils de métal de diamètres variables qui ont ensuite été gommés en post production grâce à la technique de la multi-passe: le système de prise de vue assisté par logiciel que nous avons utilisé permet de reproduire le même mouvement de caméra à l’identique et de générer plusieurs versions du plan avec ou sans les personnages et les objets. Ces versions, ou passes, sont ensuite combinées au moment du compositing pour effacer efficacement les « rigs » (les fils de métal).

Est-ce que votre travail est comparable à la stop-motion utilisée par Ray Harryhausen ?

Effectivement, le principe de prise de vue reste le même que celui utilisé par Ray Harryhausen, à savoir la stop-motion (image par image). Mais là où Harryhausen animait ses personnages, les nôtres restent statiques. Seul l’appareil photo est animé grâce à un système de rail relié à un ordinateur permettant de programmer des mouvements sur trois axes et faire varier le focus. Une fois toutes les données rentrées dans le logiciel, il ne reste plus qu’à lancer la capture du plan qui se fait image par image, photo par photo.

Avez-vous caché des références ou easter eggs dans ce clip ?

Plusieurs objets disséminés au sein du décor ou les vêtements des personnages sont à l’effigie du groupe (posters, casquettes…).
Parmi les marques de bières dont on peut voir le logo sur les tireuses et les dessous de verres, la marque « Croix de Chavaux » est une marque de micro-brasserie belle et bien réelle et encore inédite crée par un ami à Montreuil. Le diner « Pandora » aura donc été le premier bar de l’histoire à proposer la « Croix de Chavaux » à ses clients!
Mais le véritable easter egg se trouve à 03:53, au tout début du plan en top shot montrant les corps inanimés jonchant le sol. À droite de la tête de Ben le motard (tous les personnages ont leur petit nom), on peut apercevoir deux des mini-jacks qui nous servaient à alimenter l’installation électrique de la maquette. C’est le seul indice d’échelle qui existe dans tout le clip.

 


 

Votre boulot a tapé dans l’oeil de plusieurs festivals dans le monde, y compris le nôtre, qui vous a sélectionné et dont vous avez été récompensé… Quelles ont été les retours live du public ?

Oui nous avons eu la chance de voir notre clip sélectionné dans plusieurs festivals de par le monde, mais malheureusement nous n’avons pas eu encore l’opportunité nous rendre à l’un d’entre eux. On peut donc difficilement vous faire part des réactions à chaud du public, mais on ne manquera pas de faire un tour au festival Anima de Bruxelles où le clip sera diffusé en février, et on pourra alors vous transmettre le feed back!